Mojtaba Khamenei : pouvoir et récit médiatique

MK

Selon un article de DHnet publié le 11 mars 2026, Mojtaba Khamenei, présenté comme le nouveau guide suprême iranien, posséderait plusieurs biens immobiliers de luxe à Londres — dont deux appartements situés à quelques mètres de l’ambassade d’Israël.

Lien vers l’article DHnet

Dans l’article, il est dit que ces acquisitions auraient été réalisées via le banquier iranien Ali Ansari, détenteur d’un passeport chypriote depuis 2016, ce qui lui permettait de mener discrètement des affaires dans l’Union européenne.
Le journaliste Georges Malbrunot est cité pour rappeler la proximité d’Ansari avec la famille Khamenei.

Entre 2014 et 2016, Mojtaba Khamenei aurait acquis ces biens via ce banquier iranien, grâce à des sociétés écrans et des montages opaques.
Mais ces mécanismes, loin d’être clandestins, sont décrits comme parfaitement légaux, inscrits dans les codes, façonnés par les législateurs occidentaux.

Les trusts, les holdings offshore, les chaînes de propriété imbriquées ne sont pas des failles, mais des outils conçus pour attirer les capitaux, protéger les fortunes, fluidifier les investissements.
Des outils qui servent les puissants — quels qu’ils soient.

Ce n’est pas un simple scandale.
C’est un révélateur.
Un révélateur d’un système que les États occidentaux ont eux-mêmes façonné, protégé, sanctuarisé, puis feignent de découvrir lorsque cela devient politiquement utile.


Et la preuve la plus éclatante de cette tolérance structurelle apparaît en octobre 2025, lorsque le Royaume-Uni annonce geler les actifs d’Ali Ansari.
Pour geler des actifs, il faut d’abord les connaître. Les tracer. Les enregistrer.
Autrement dit : le Royaume-Uni savait.

Et s’il savait, cela signifie qu’il a laissé ces flux circuler, ces biens s’acheter, ces structures prospérer — pendant des années.
Il n’y a pas vraiment d’opacité, mais elle est tolérée tant qu’elle rapporte.

Ali Ansari est une ombre humaine.
Fondateur de Bank Ayandeh, architecte de fortunes opaques, intermédiaire discret entre les élites iraniennes et les circuits financiers extérieurs, il apparaît dans les enquêtes occidentales de 2025-2026 comme un acteur encore actif.

Pourtant, une source d’opposition — Radio Zamaneh — affirme qu’Ali-Akbar Ansari est mort en Khordad 1404, c’est-à-dire entre mai et juin 2025.

« Tout d’abord, Ali-Akbar Ansari est mort à Khordad 1404 (mai-juin 2025). Des photos de ses funérailles au centre commercial Iran ont montré une longue lignée de personnalités politiques et de sécurité. »

Lien Radio Zamaneh

Une mort silencieuse, non annoncée par les autorités iraniennes, non relayée par les médias internationaux, et qui contredit frontalement les récits occidentaux le mentionnant encore comme un acteur vivant plusieurs mois plus tard.

Ce décalage ouvre une brèche, un espace d’ambiguïté où les structures semblent survivre aux individus, où les noms continuent d’agir même lorsque les corps disparaissent.

Dans ces zones opaques, un homme peut mourir sans que son identité ne meure avec lui.
Les sociétés restent actives, les biens demeurent enregistrés, les flux continuent de circuler.

On pourrait aussi évoquer la possibilité d’une disparition discrète, d’un effacement volontaire, ou d’une identité administrativement maintenue pour protéger les réseaux qu’elle abritait.

Dans un récit où les faits matériels manquent, où les images sont floues, où les déclarations politiques deviennent des accessoires dramatiques, cette ambiguïté supplémentaire rappelle que, dans ce théâtre géopolitique, les morts ne meurent pas toujours, et les vivants n’apparaissent pas toujours.


Et Mojtaba Khamenei n’est qu’un nom parmi d’autres dans ce paysage.
Les Panama Papers de 2016 exposent les propriétés londoniennes de Roman Abramovitch, acquises via des sociétés offshore tolérées pendant des années.

En 2011, les enquêtes sur Rami Makhlouf révèlent ses investissements en Europe de l’Est, facilités par des structures locales parfaitement légales.

En 2017, la justice française saisit l’hôtel particulier parisien de Teodoro Nguema Obiang, acheté via des sociétés écrans complaisantes.

En 2014, les révélations sur Gennady Timchenko montrent ses biens en Suisse et en Finlande, protégés derrière des holdings opaques.

La même année, les enquêtes sur Dmytro Firtash dévoilent ses acquisitions à Vienne et Londres.

En 2021, les Pandora Papers exposent les propriétés londoniennes de la famille Aliyev.

En 2020, OCCRP documente les investissements européens de proches du pouvoir kazakh.
En 2018, Transparency International révèle les achats immobiliers massifs de fortunes angolaises à Lisbonne.

Ces cas ne sont pas présentés comme des anomalies.
Ils sont la preuve répétée que les lois ont été écrites pour permettre ces montages.


Mais un autre élément fissure encore davantage le décor : ce n’est pas seulement le récit financier qui est irréel, c’est le récit géopolitique.

Selon les médias occidentaux, une guerre ouverte aurait éclaté en Iran.
Une guerre totale.

Mais cette guerre n’a laissé aucune des traces habituelles d’un conflit moderne.

Pas de vidéos crédibles filmées par des civils.
Pas d’images satellites indépendantes.
Pas d’analyses OSINT.
Pas de ruines.
Pas de fumée.
Pas de sirènes.

Seulement des images floues, recyclées, truquées.

J’affirme qu’il n’existe à ce jour aucune image indépendante, vérifiable, géolocalisée de frappes en Iran.

· des communiqués officiels
· des déclarations politiques
· des vidéos floues ou impossibles à authentifier
· des images génériques réutilisées par les médias

Les plateformes mélangent images, titres et contextes.
Une image de Gaza peut être associée à un titre sur l’Iran dans un article qui ne contient aucune photo.

Les récits officiels ne sont jamais accompagnés de preuves matérielles.


Et dans ce vide, les déclarations politiques deviennent encore plus étranges.
On nous dit qu’une frappe aurait “raté” l’Ayatollah Ali Khamenei, puis qu’elle l’aurait “touché”.

Quand Donald Trump affirme qu’il “doit participer à la nomination” du successeur, il ne parle pas d’un événement réel : il parle d’un rôle.

Et c’est là que surgit une hypothèse dérangeante : si l’on prend le récit médiatique au sérieux, alors le résultat politique raconté — l’arrivée d’un dirigeant plus dur — est incompréhensible.

À moins que ce résultat ne soit une opportunité.
Un adversaire “radical” est un argument.

Dans ce cadre, le résultat raconté devient utile.
Il devient la pièce manquante d’un récit qui a besoin d’un adversaire dur pour rester cohérent.

C’est dans ce contexte qu’intervient la phrase de Yahya Rahim Safavi, qualifiant Donald Trump de « président américain le plus corrompu et le plus stupide ».

Mais ce type de déclaration, loin d’affaiblir Trump, lui offre paradoxalement un rôle central.

Ainsi se dessine un paysage où les États racontent ce qu’ils veulent que l’on croie, où les médias amplifient ce qu’on leur donne, et où la réalité matérielle murmure que ce qu’on nous dit ne correspond pas au monde.

C’est une mise en scène.
Un dispositif narratif.
Un espace où la dramaturgie supplante la réalité observable.

En conclusion, étant donné l’absence totale d’images vérifiables, les incohérences médiatiques et politiques, et ma méfiance profonde envers les gouvernements, tout cela ressemble à une mise en scène.


Sources :

Montages financiers, offshore, biens immobiliers

Panama Papers (ICIJ)
· https://www.icij.org/investigations/panama-papers/

Pandora Papers (ICIJ)
· https://www.icij.org/investigations/pandora-papers/

OCCRP — Enquêtes sur les élites politiques
· https://www.occrp.org/en

Propriétés opaques

· https://www.transparency.org/en

Personnalités citées

Roman Abramovitch
· https://www.bbc.com/news/uk-60727105
· https://www.icij.org/investigations/panama-papers/russian-billionaire-roman-abramovichs-secret-investments-revealed/

Rami Makhlouf
· https://www.reuters.com/article/us-syria-crisis-makhlouf-idUSBRE94KOJ720120521
· https://www.icij.org/investigations/panama-papers/syrias-rami-makhlouf/

Teodoro Nguema Obiang Mangue
· https://www.france24.com/fr/20171027-teodorin-obiang-biens-mal-acquis-france-condamnation
· https://www.bbc.com/news/world-africa-41702611

Gennady Timchenko
· https://www.reuters.com/article/us-usa-russia-sanctions-idUSBREA2J1HI20140320
· https://www.occrp.org/en/investigations/putins-friends-and-their-secret-fortunes

Dmytro Firtash
· https://www.reuters.com/article/us-austria-firtash-idUSKBN1ZT1ZP
· https://www.occrp.org/en/daily/11748-ukraine-s-firtash-linked-to-london-properties

Famille Aliyev
· https://www.icij.org/investigations/pandora-papers/azerbaijans-ruling-family-and-their-close-associates-acquired-london-properties-worth-700-million/

Royaume-Uni — Gel des avoirs, sanctions

Sanctions britanniques contre Ali Ansari (2025)
· Liste officielle des sanctions UK
· Sanctions UK contre des entités liées aux IRGC

Déclarations politiques — Donald Trump

Déclarations publiques de Trump sur l’Iran
· Reuters
· BBC
· Al Jazeera


© Céleste R. — CC BY-NC-ND

A lire aussi

Restaurer le sens