
Isabelle Mergault, pour moi, c’était d’abord un rire qui arrivait avant elle.
Elle entrait dans une pièce comme on ouvre une fenêtre sur un courant d’air farfelu.
Elle parlait avec cette voix qui semblait avoir vécu mille vies et trébuché dans chacune.
Je pleurais de rire avec ses blagues, vraiment.
Elle avait cette façon de lancer une phrase qui semblait partir de travers et qui, soudain, te cueillait en plein cœur.
Elle avait cette manière de dire des choses absurdes avec un sérieux désarmant.
Elle transformait chaque silence en petite scène comique.
Elle transformait chaque maladresse en poésie involontaire.
Je me souviens de sa façon de regarder les gens comme si elle les découvrait pour la première fois.
Elle avait un cœur immense qu’elle cachait derrière des pirouettes.
Elle disait qu’elle n’était pas douée pour la vie, mais elle la rendait plus douce.
Elle parlait de solitude comme on parle d’un vieux compagnon de route.
Elle riait d’elle-même avec une élégance que personne ne pouvait imiter.
Elle avait ce don de rendre la tristesse légère.
Elle avait aussi celui de rendre la joie encore plus joyeuse.
Je me souviens de ses mots comme de petites lanternes dans la nuit.
Elle aimait les gens de travers, mais elle les aimait vraiment.
Elle avançait dans l’existence avec une grâce bancale qui me touchait profondément.
Elle laisse en moi un souvenir qui continue de sourire.
Morte à 67 ans, c’est jeune, d’un cancer, en quelques mois…
RIP
© Céleste R. — CC BY-NC-ND