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En Belgique, la Chambre a approuvé la solution transitoire du gouvernement Arizona pour les chômeurs qui sont aussi des aidants proches (qui sont plus d’un million).

https://www.7sur7.be/belgique/la-chambre-valide-la-solution-transitoire-de-larizona-pour-les-chomeurs-aidants-proches~a3e14808/

Cependant, cette solution est loin d’être idéale.

La modification des règles du chômage, qui débute le 1er mars (avec transition en juillet 2025), établit une approche rigide, qui ne tient pas compte des diverses situations humaines.
Elle impose une disponibilité complète et une recherche d’emploi constante, comme si chaque personne pouvait s’adapter à un modèle unique.


Cette approche administrative suppose une vie simple, prévisible et axée sur la recherche d’un emploi.
La réalité est bien différente, avec des proches malades, des parents âgés et des enfants nécessitant une attention particulière, ainsi que des nuits blanches, des rendez-vous médicaux et des responsabilités personnelles.
La réforme ne prend pas en compte ces réalités qui ne correspondent pas à ce cadre strict.

Les aidants familiaux en sont un bon exemple. Depuis janvier, certains ont perdu leurs allocations car ils ne peuvent pas justifier d’une recherche d’emploi active, étant donné qu’ils sont occupés par les soins qu’ils prodiguent :

· Une mère seule qui accompagne son enfant à des thérapies quotidiennes ne peut pas répondre à une convocation matinale.

· Un homme qui s’occupe de son père atteint d’Alzheimer ne peut pas accepter un emploi avec des horaires variables.

· Un parent séparé en garde alternée d’un enfant polyhandicapé n’est disponible qu’une semaine sur deux, une situation que la réforme ne gère pas correctement.

L’administration traite ces situations comme si elles étaient identiques, alors que chaque famille vit une situation unique.


Face aux protestations des associations et à l’urgence sociale, le gouvernement a mis en place une mesure temporaire :
une dispense rétroactive, une allocation augmentée à environ 760 euros et un délai jusqu’à fin mars pour se faire connaître.

Cela évite des exclusions massives, mais ne corrige pas le problème de fond.
Il s’agit d’une solution provisoire à un problème plus complexe.
Les familles monoparentales, les parents séparés et les aidants dont les besoins varient restent oubliés.
Cette mesure n’est valable que douze mois, après quoi tout recommence.

Les associations soulignent depuis deux décennies que le problème est structurel.
La Belgique ne reconnaît pas pleinement l’aide aux proches comme une fonction sociale importante.
Elle ne lui accorde ni statut, ni droits spécifiques, ni protection stable.
Les aidants doivent s’orienter entre les mutuelles, l’ONEM, les syndicats et les CPAS, chacun ayant ses propres conditions, délais et définitions.

La réforme du chômage, qui vise la simplicité, aggrave cette fragmentation.
Elle exige des aidants qu’ils justifient leur incapacité à être ailleurs, alors qu’ils sont déjà là où la société a besoin d’eux.

Cette situation absurde laisse penser que le législateur avance sans se soucier de la réalité humaine qu’il prétend encadrer.


Une politique juste commencerait par reconnaître l’aide aux proches comme un travail social indispensable.
Elle offrirait un statut stable, une protection pluriannuelle et adapterait les obligations en fonction des besoins réels.
Elle autoriserait une disponibilité partielle ou alternée et harmoniserait les critères entre les institutions.
Elle garantirait qu’aucun aidant ne soit exclu pour avoir pris soin d’un proche.
Il ne s’agit pas d’une faveur, mais d’une reconnaissance de la réalité humaine.


Alors, quelle est la différence avec la France ?

En Belgique, la réforme du chômage semble ignorer les parcours de vie variés, laissant de côté les proches aidants.
En France, un statut et une définition claire de l’aidant existent, mais le soutien reste limité et les procédures complexes.

La Belgique réagit de manière irrégulière pour éviter l’exclusion, tandis que la France propose une structure sans suffisamment de moyens.
Dans les deux pays, la situation des aidants reste précaire :
en Belgique, à cause d’un système administratif qui ne voit pas leur situation,
et en France, à cause d’un soutien trop faible.

Pendant ce temps, les aidants continuent d’aider leurs proches avec une constance silencieuse,
tandis que les responsables politiques, façon cowboys d’Arizona, paradent droit dans leurs bottes réformistes,
mais chevauchent à mille lieues de la réalité des vies qu’ils prétendent organiser.

Et si je parle de ces vies que la réforme ne voit pas, c’est aussi parce que j’en viens.
J’ai été l’aidante de ma mère, et je sais ce que c’est que d’organiser ses journées autour d’un souffle fragile,
d’un besoin imprévu, d’une présence indispensable.
Rien, dans ces moments-là, ne ressemble à la ligne droite que ces cowboys tracent dans la poussière.

Une réforme qui ignore les vies qu’elle prétend encadrer ne peut être juste.
Reconnaître les aidants, c’est reconnaître la société dans sa fragilité et sa dignité.


© Céleste R. — CC BY-NC-ND

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