C’est dingue. Même en France, ils n’ont pas osé imaginer un truc pareil.
Enlever le service militaire du calcul de la retraite anticipée pour les Belges, c’est vraiment inacceptable pour toute une génération.
Parfois, sous couvert de simplification administrative, on touche à quelque chose de bien plus profond : la confiance entre l’État et les citoyens.
La nouvelle règle prévoit que le service militaire obligatoire ne sera plus comptabilisé dans les 42 années nécessaires pour partir à la retraite à 60 ans.
C’est exactement cela : une année entière de vie, de travail, de disponibilité totale au service du pays… qui disparaît soudainement du calcul.
À partir de 2027, cette période pourtant imposée par l’État belge ne sera plus reconnue.
Comment expliquer cela autrement que par une simple question d’argent ?
Comment peut-on affirmer qu’un devoir de citoyen n’était pas du « vrai » travail ?
Pendant des années, l’État a répété que le service militaire serait considéré comme du travail normal.
Il l’a intégré dans les retraites, dans l’ancienneté, dans les carrières publiques.
Il l’a rendu obligatoire, parfois au prix d’une année d’études sacrifiée, d’un premier emploi retardé, ou de projets personnels mis en pause.
Et maintenant, il faudrait croire que cette période n’était pas vraiment du travail ?
C’est réécrire l’histoire à son avantage.
À l’époque, le service militaire, c’était un emploi à temps plein : des chefs, des tâches, une solde, des punitions, des responsabilités, et de vrais risques physiques.
Si cela n’est pas du travail, alors qu’est-ce que c’est ?
Cette réforme crée en plus une inégalité flagrante entre les générations et entre les hommes et les femmes.
Elle ne touche qu’un seul groupe : les hommes nés avant la fin des années 1970, ceux qui ont dû accomplir un service obligatoire dont les générations suivantes ont été exemptées.
Une règle apparemment neutre, mais qui pénalise exclusivement un groupe identifiable, relève de la discrimination indirecte.
Elle crée une inégalité de traitement fondée sur l’âge et, de facto, sur le sexe.
Cela pose un vrai problème de confiance, et en Belgique, ce n’est pas un détail.
Ces personnes ont construit leur vie professionnelle sur une règle simple : le service militaire compte pour la retraite.
Modifier cette règle juste avant l’âge de partir, alors qu’il n’existe aucun moyen de compenser cette année perdue, c’est briser le contrat social.
La sécurité juridique n’est pas un luxe : c’est le minimum pour permettre aux gens d’organiser leur vie.
Cette mesure est excessive.
Elle touche une seule génération, supprime un droit reconnu depuis longtemps, modifie les effets d’une obligation légale après coup, et ne prévoit ni transition ni dédommagement.
On ne peut pas demander aux citoyens de supporter seuls les conséquences d’une obligation que l’État leur a imposée.
Si cette réforme est validée, ce n’est pas un simple ajustement technique.
C’est une remise en question de notre conception de l’égalité, de la justice entre les générations, et du respect envers ceux qui ont accompli leur devoir civique.
Il est encore possible de réparer cette injustice.
Il est encore possible de se souvenir que la confiance entre l’État et les citoyens ne se décrète pas : elle se construit, elle se mérite, elle se respecte.
Mise à jour du 10/03/2026
Le gouvernement belge serait revenu sur cette réforme afin de corriger les multiples inégalités.
Et c’est très bien.
© Céleste R. — CC BY-NC-ND