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Il existe, au fond de la solitude,
un royaume de tablettes anciennes,
enfouies sous la mousse
comme des fragments d’un pacte oublié.
Un royaume où chaque arbre porte,
dans la profondeur de son écorce,
la mémoire d’un serment scellé
avant la naissance des contrées humaines.

J’y marche comme on entre
dans un sanctuaire interdit.
La lumière y tombe en lames fines,
presque craintives,
comme si elle redoutait de troubler
les esprits qui veillent encore.
La forêt n’est pas un refuge :
c’est un temple runique,
un territoire où les forces primales
n’ont jamais renoncé
à leur empire silencieux,
où elles prennent forme
comme des entités de terre et de nuit,
des présences sans visage
qui veillent dans l’ombre des racines.

Les arbres se dressent
comme des gardiens immobiles.
Leurs racines, torsadées comme des glyphes,
forment des sceaux sylvestres,
des marques de protection
contre le tumulte du monde.
Rien ici n’est laissé au hasard :
chaque ombre est un signe,
chaque souffle un avertissement,
chaque clairière une porte
vers les temps enfouis.

Dans cette forêt,
la résistance n’est pas un acte.
C’est une loi sacrée,
inscrite dans les écorces rugueuses,
transmise de sève en sève,
de nuit en nuit.
Les arbres ne s’opposent pas :
ils gardent, ils préservent,
ils défendent ce qui ne doit pas être profané.

Je sens sous mes pas
la présence d’un peuple invisible,
non pas disparu,
mais retiré.
Un peuple qui a choisi la forêt
comme domaine,
non par faiblesse,
mais par souveraineté secrète.
Leurs traces sont là :
dans les signes émis par la lumière,
dans les ornements suspendus aux branches,
dans les murmures que le vent transporte
comme des fragments de langue ancienne.

La forêt ne parle pas.
Elle énonce.
Elle énonce par ses mouvements secrets,
par ses passages voilés,
par ses ombres fendillées,
par ses chants feuillus et lumineux
qui s’élèvent comme des volutes murmurées.
Elle dit que tout ce qui résiste
ne le fait pas par force,
mais par fidélité
à un ordre plus ancien
que les royaumes humains.

Quand je quitte la forêt,
je ne reviens pas au monde.
Je reviens à sa surface.
Car le monde véritable,
celui qui garde les pactes,
celui qui protège les secrets,
celui qui ne cède pas,
demeure là-bas,
dans ce nemeton elfique
où la solitude devient
un talisman intérieur.

La solitude, parfois,
est un royaume
où l’on apprend à lire
les signes que le siècle a oubliés.

Céleste R.

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