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🕊️ L’Arbre que je deviens
Je m’étais retirée dans le silence du monde,
là où la lumière descend en nappes d’or pâle
et où chaque souffle du vent semble porter
la mémoire d’un âge plus vaste que le nôtre.
La nature, dans sa majesté immobile,
m’ouvrait un sanctuaire que nul temple humain
ne saurait égaler.
Là, au cœur de cette paix profonde,
mes jambes commencèrent à se métamorphoser.
Elles se rapprochèrent, se soudèrent,
abandonnant leur fragile forme humaine
pour devenir le tronc grave d’un arbre antique,
un tronc né de moi,
mais plus ancien que ma propre naissance.
Ce tronc s’élevait vers les hauteurs lumineuses
avec une lenteur souveraine,
comme si le ciel, dans sa clémence,
m’appelait à rejoindre son empire.
Et dans le même élan,
il s’enfonçait dans la terre,
pénétrant les profondeurs silencieuses
où dorment les forces primitives du monde.
Je sentais en moi cette double poussée,
ce dialogue secret entre le haut et le bas,
entre la clarté céleste et la gravité terrestre.
J’étais devenue l’axe vivant
où se rencontrent les royaumes invisibles.
La lumière descendait dans ma tête-cime
comme une bénédiction lente,
tandis que la terre, sous mes pieds,
me confiait la densité de son antique confiance.
Autour de moi, la forêt entière se dressait,
immobile, fraternelle,
semblable à une assemblée d’êtres anciens
qui veillent sans jamais juger.
Leurs troncs formaient les colonnes d’un temple sans murs,
et leurs cimes frémissantes chantaient une liturgie
que seul le cœur pouvait entendre.
Je les dépassais,
non par orgueil,
mais parce que la vision m’avait été accordée.
De cette hauteur nouvelle,
je contemplais la vaste respiration du monde,
et il me semblait que chaque feuille, chaque pierre,
chaque souffle de vent
portait une part de mon propre destin.
Une sève douce montait en moi,
une certitude lente, profonde,
qui me reliait à tout ce qui vit.
Je n’étais plus seulement une passante dans l’univers :
j’étais un arbre antique,
un témoin dressé entre les âges,
un être vertical dans la grande prière de la nature.
Lorsque je revins à mon corps,
la terre demeurait en moi,
le ciel aussi.
Je marchais avec une paix nouvelle,
comme si un axe invisible,
né de cette métamorphose,
continuait de me soutenir
bien après que la vision se fut retirée.
Céleste R.