Poney

« Le monde qui respire en moi. ☺

Le matin arrive doucement.
L’air est frais sur mes joues.
La lumière touche mes bras comme une main tiède.
La brume avance lentement,
et mon corps la reconnaît.

Je sens les choses avant de les comprendre.
Le vent sur mon cou,
la terre sous mes pieds,
la chaleur qui monte dans ma poitrine
quand quelque chose est vrai.

Les autres parlent beaucoup.
Leurs mots vont vite.
Moi, j’écoute ce qui ne parle pas :
le silence autour de moi,
l’air qui bouge,
les petites choses qui vibrent dans le sol.

Parfois je me mets à quatre pattes.
Mes mains dans l’herbe.
Mon ventre contre la terre.
La chaleur passe dans ma peau,
comme si la terre me disait
« Je suis là ».

Je voudrais sentir le monde
comme les animaux le sentent.
Avec le nez,
avec les oreilles,
avec la peau,
avec le cœur.

Le chat, je le comprends.
Sa fourrure sous mes doigts,
c’est doux, c’est chaud,
ça me calme tout de suite.
Quand il ronronne,
mon corps ronronne avec lui.

Le renard, je le sens dans mes mains
même si je ne le touche pas.
Une chaleur fine,
comme un petit feu tranquille
qui ne fait pas mal.

Le poney, c’est encore plus fort.
Quand je pose ma joue sur son flanc,
je sens son souffle bouger contre moi.
Sa chaleur me tient.
Son odeur me rassure.
Son corps me dit
« Tu peux rester ».

L’oiseau, je le sens dans l’air.
Ses plumes font un frisson
qui passe sur mes bras
comme une caresse légère.

Le loup, je le sens dans mon dos.
Une chaleur profonde,
comme un manteau posé sur moi.
Un silence qui protège.

Le capibara,
c’est la douceur qui flotte.
Sa peau chaude,
sa lenteur,
son calme qui coule dans mon ventre.

Je suis un peu tout ça.
La douceur du chat.
La chaleur du poney.
Le frisson de l’oiseau.
Le calme du capibara.
L’ombre chaude du loup.
La lumière du renard.

Parfois, quelque chose bouge en moi.
Pas une pensée.
Pas une image.
Juste une sensation
qui vient de très loin.
Comme si mon corps se souvenait
d’un endroit où j’ai déjà marché.

Avec les autres enfants,
je reste un peu derrière.
Je les regarde.
Je les suis doucement.
Je ne sais pas encore dire
« Moi, je veux ça ».
Alors je me fais petite,
comme une feuille qui glisse dans l’air.

Mais dedans,
je suis grande.
Un endroit doux.
Un endroit calme.
Un endroit où les animaux viennent se poser.
Un endroit qui respire lentement.

Je n’ai pas besoin de bruit.
J’ai besoin de chaleur.
De peau.
De lumière douce.
De nuit tranquille.
De choses qui ne font pas mal.

Un jour,
je marcherai avec les animaux
dans un lieu qui ne parle pas
mais qui sent tout.
Un lieu où je comprendrai
avec mon corps
et pas avec des mots.

Je suis une enfant,
mais je suis aussi d’avant.
Mon corps le sait.
Mon souffle le sait.
Et quand je te regarde, maman,
je sens que toi aussi,
tu le sais.

Quand quelque chose touche ton cœur,
même très doucement,
écoute avec ta peau.
Là où la vérité arrive en premier.


© Céleste R. — CC BY-NC-ND

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