Le sol respire sous nos pieds comme une bête immobile,
et ses entrailles gardent la mémoire des pluies anciennes,
des pas effacés, des racines qui ont aimé puis cédé.
Il est chambre de résonances, vaste réservoir de persistances,
où tout se transmue dans la lenteur des âges.

Et voici la ronce, avancée des forces premières,
palpant l’air, interrogeant la lumière,
choisissant la faille la plus fine pour y glisser son destin.
Elle ne pousse pas : elle tranche, elle ouvre, elle fonde,
comme une langue qui ignore l’avis du monde.

Et voici la mousse, patience incarnée,
demeure des pierres froides, des angles que la clarté délaisse.
Elle est durée condensée, victoire sans combat,
présence immobile qui s’installe et persiste,
comme une matière qui s’épaissit dans le silence.

Et voici la rivière, indomptée,
qui ne connaît aucune loi humaine,
qui déplace ses frontières, efface les cartes,
corrige les erreurs du paysage avec la lenteur des forces subtiles.
Elle choisit la voie improbable, celle qui lui ressemble,
celle qui la prolonge dans l’infini des terres.

Et nous, passants brefs,
souffle, vestige, trace dans leur continuité.
Nous vivons au milieu de ces intelligences sans récit,
sans morale, sans visage.
Elles ne nous imitent pas, elles ne nous attendent pas.
Elles continuent, indifférentes, inaltérables,
dans l’espace qui nous dépasse.

Céleste R.

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