Royaume

Je viens des hauteurs où la nuit se dilate,
un souffle ancien glissant dans la matière sombre,
une lueur sans bord, sans centre, sans direction,
comme si l’univers lui-même respirait à travers moi.
En moi, un ciel ouvert, vaste, sans gravité,
une spirale de lumière lente, presque immobile,
un murmure d’origine flottant dans l’espace intérieur,
une présence douce, diffuse, sans contour.

Je flotte — plus que je marche —
dans une poussière d’astres qui reconnaît ma vibration,
un halo d’étoiles fines glissant autour de mon axe d’or,
comme si chaque particule me saluait en silence.
Autour, la mer cosmique, profonde, veloutée,
un océan de photons anciens, tièdes, respirants,
des voix de lumière glissant dans mes veines,
comme des comètes lentes, patientes, presque vivantes.

La forêt des étoiles froides s’étire devant moi,
pensées suspendues, éclats de supernova en dérive,
orbites lentes autour de mon souffle,
une danse sans début, sans fin, sans nécessité.

Un fleuve de lumière sombre traverse ma poitrine,
galaxies en gestation, émotions en expansion,
ondes douces, pulsations calmes,
guidance silencieuse vers un centre mouvant.

Sur la rive, un sanctuaire de nébuleuse,
brume soyeuse, espace sans forme,
solitude stellaire qui enveloppe,
comme une étoile qui se souvient de sa naissance.

Dans un jardin de météores lents,
désirs en poussières brillantes,
rayonnements doux, presque liquides,
attractions subtiles, jamais brûlantes ni pressées.

Plus haut, une tour blanche dans l’infini,
confiance dressée comme un fil de lumière,
frontière vibrante, perméable seulement aux astres sincères,
une présence qui veille sans peser.

Une clairière de vide sacré s’ouvre,
vulnérabilité comme une aurore diffuse,
mains offertes à la lune profonde,
lumière pure, sans défense, sans ombre, sans crainte.

Un chemin d’astres serpente dans mes veines,
liberté en expansion lente,
mouvement continu, souffle ouvert,
un espace qui s’élargit à mesure que je respire.

Au sommet, une tour de verre cosmique,
savoirs en suspension, doutes en apesanteur,
éclats, silences, transparences,
ascension douce, élargissement de moi-même.

Et quand la nuit — la vraie — s’étend,
mon royaume se déploie dans l’infini,
murs de vide vibrant, ombres constellées,
souffle d’étoiles naissantes glissant dans mes contours.

Je suis ce monde, cosmique, fluide, entier,
univers intérieur en expansion lente,
indéformable, indissoluble, indompté.

Aurore après aurore,
révélation silencieuse d’une lumière ancienne,
poussière d’étoiles, souffle primordial,
présence douce dans l’immensité.

Je suis la brume, la lumière, la matière noire,
je suis mon royaume,
et mon royaume, un cosmos en mouvement. —

© Céleste R. — CC BY-NC-ND

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