L’hirondelle, charpente du vent et mémoire des mondes
Vingt grammes seulement, mais son vol est empire,
Un fardeau de lumière où s’énonce une foi.
Elle fend le désert, la mer, les siècles et leurs effrois
Braise que nul oubli ne parvient à détruire.
Chaque année, elle revient au seuil qui la réclame,
Au même clou vibrant d’un antique dessein.
La fidélité n’est pas instinct mais chemin,
Un ordre ténébreux gravé plus tôt que l’âme.
Le lieu qui l’accueillit devient royaume scellé,
Où la boue, l’insecte et la patience s’allient.
Un pacte silencieux que le temps magnifie,
Et qu’un souffle d’ailes suffit à relever.
Mais l’époque se brise et le ciel se délite,
Les étés se retirent comme des fronts vaincus.
L’hirondelle s’efface, et les vérités perdues
Font trembler l’air ancien d’une rumeur maudite
Pourtant elle revient, flèche d’ombre souveraine,
Serment d’un monde obscur qui n’a pas renoncé.
Dans son retour brûlant veille une antique clarté,
Un éclat de granit que la nuit nous ramène.
Elle est passage et pierre, demeure et loi,
La preuve que la vie, parfois, se maintient.
Dans son vol se renouent les mondes et leur lien,
Et le ciel retrouve un instant son déploi.