Le socle et le vertige
On redéfinit sans cesse ce qu’est une femme, comme si cette catégorie devait être justifiée à chaque époque.
Curieusement, personne n’applique ces mêmes contorsions conceptuelles au mot homme.
Le masculin demeure une évidence silencieuse ; le féminin, un territoire à redessiner.
Le brouillard des définitions
Dans les débats contemporains, une confusion s’est installée :
on mélange ce que les individus sont avec ce qu’ils ressentent.
Lorsque le ressenti devient critère universel, il se transforme en un nouvel essentialisme — aussi rigide que ceux qu’il prétend abolir.
Le vécu intime est précieux, mais il n’a jamais été conçu pour porter seul la charge d’une catégorie collective.
Le socle matériel
Un rappel s’impose, non comme un verdict, mais comme un repère :
Le sexe est un fait matériel.
Il ne dit pas tout d’une personne, il ne résume aucune existence, mais il constitue un socle commun, stable, partagé par toutes les sociétés humaines depuis des millénaires.
C’est à partir de ce socle que se déploient ensuite des trajectoires sociales, parfois marquées par des rapports de domination — mais ces rapports ne définissent pas les femmes.
Ils décrivent ce que certaines structures font subir à certains corps, pas ce que ces corps sont.
Le risque du vertige
Le problème n’est pas la pluralité des vécus.
Le problème surgit lorsque l’on exige que cette pluralité remplace le réel, qu’elle devienne la nouvelle mesure de tout.
Alors les débats s’enlisent.
Les catégories se dissolvent.
Les conflits deviennent irréconciliables, faute d’un terrain commun où se rencontrer.
Clarifier sans réduire
Dans un monde saturé de récits, il reste nécessaire de distinguer :
- l’intime du matériel
- le vécu du repère
- l’expérience de la structure
Non pour réduire, mais pour clarifier.
Non pour exclure, mais pour éviter que les mots eux‑mêmes ne se déchirent sous le poids de contradictions impossibles à porter.
Le socle n’est pas une prison.
Il est ce qui empêche le vertige.