« L’antisémitisme prend les visages de l’antisionisme, de la haine d’Israël, de l’islamisme, du complotisme », met en garde Yonathan Arfi dans un entretien avec l’AFP.

Lien : https://l.lefigaro.fr/Bsjy

Et bien sûr, « l’affaire Epstein » offre ce genre de rhétorique sur un plateau d’argent — ce qui la rend immédiatement suspecte.

J’en ai assez de ces raccourcis sémantiques lancés pour empêcher toute critique de la politique d’Israël.
Les mots ont un sens :

  • judaïsme = religion / culture / identité
  • sionisme = idéologie politique

Même si j’ai beaucoup parlé de la fausse guerre d’Israël, il existe une mainmise ancienne sur des terres. Le théâtre de guerre n’empêche pas une domination politique, économique et militaire bien réelle.

Dès le départ, Netanyahou s’est affiché contre l’idée d’un État palestinien.

Antisionisme juif et antisionisme non‑juif

Même les Juifs antisionistes se font critiquer parce qu’ils remettent en cause l’idéologie fondatrice d’Israël.
Ils cassent l’image d’un consensus juif.

Pourtant, quelqu’un qui n’est pas juif a parfaitement le droit d’être antisioniste — c’est‑à‑dire de critiquer une idéologie ou un projet national — sans être antisémite.

Être antisioniste n’est pas automatiquement être antisémite.
Cela peut le devenir selon les mots, les intentions, le contexte.
Mais mélanger systématiquement les deux empêche toute discussion démocratique.

La phrase d’Arfi est trop générale : elle laisse penser que tout antisionisme est antisémite.

Une confusion dangereuse

Dire que l’antisionisme est une forme d’antisémitisme, c’est affirmer que toutes les formes d’antisionisme sont liées à la haine des Juifs.

C’est faux.

Il existe :

  • un antisionisme politique,
  • un antisionisme universaliste,
  • un antisionisme religieux,
  • un antisionisme non discriminatoire.

Cette confusion peut créer des problèmes juridiques.

En 2019, une résolution parlementaire a tenté d’assimiler certaines formes d’antisionisme à de l’antisémitisme.
Le risque pour la liberté d’expression est réel.

La position officielle de la CNCDH

La CNCDH — organisme officiel — est claire :

  • l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme en soi ;
  • certaines formes d’antisionisme peuvent être antisémites ;
  • mais les confondre affaiblit la lutte contre l’antisémitisme.

C’est une position institutionnelle, pas militante.

Le risque politique

La confusion entre antisionisme et antisémitisme peut servir à :

  • contrôler certaines opinions ;
  • punir des critiques légitimes ;
  • intimider journalistes et chercheurs ;
  • transformer un débat politique en débat moral.

Je pense aussi à la proposition de loi de Caroline Yadan, modifiée par le Sénat en janvier, visant à élargir ce qu’on considère comme de l’antisémitisme.

Les juristes sont clairs :

  • l’antisémitisme est déjà défini dans le droit français ;
  • toutes ses formes sont punies ;
  • le droit international distingue critique d’un État et haine d’un peuple ;
  • l’antisionisme n’est pas un crime.

Élargir la définition est un choix politique, pas juridique.


© Céleste R. — CC BY-NC-ND

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