Il y a des décisions qui ne se prennent pas dans le bruit du monde, mais dans le silence d’une chambre intérieure.

Des décisions qui ne se laissent pas dicter par les slogans, les campagnes, les injonctions, ni même par les statistiques.

Le don d’organes après sa propre mort fait partie de ces décisions‑là.

Dans la société d’aujourd’hui, on parle souvent de solidarité comme d’un réflexe, d’un devoir, d’un geste évident.

On dit : « Le bon citoyen fait ceci. Le responsable fait cela. Le solidaire ne pose pas de questions. »

Peu à peu, un choix intime devient une norme sociale.

Mais je fais partie de celles et ceux qui sentent que quelque chose ne va pas dans cette accélération.
Que la morale collective peut écraser la délicatesse des consciences individuelles.

Je n’ai pas refusé le don d’organes par égoïsme.
Ni par peur.
Ni par rejet.

J’ai refusé — peut‑être temporairement — parce que je veux que mon choix soit un vrai choix.
Un choix habité, mûri, intégré.
Un choix qui vienne de moi.

Je veux sentir ce que représente mon corps, même après mon dernier souffle.
Je veux respecter la pudeur de ma propre finitude.

Je veux que mon oui soit un oui libre.
Et que mon non soit un non libre.

Dans un monde qui va vite, qui moralise, qui simplifie, je choisis la profondeur.
Je choisis la nuance.
Je choisis la fidélité à mon rythme intérieur.

Et cela demande du courage.

La société aime les réponses rapides.
Les cases cochées.
Les certitudes.
Les gestes qui se voient.

Mais certaines décisions ne se prennent pas sous la lumière des projecteurs.
Elles se prennent dans l’ombre douce d’une réflexion intime.

Je sais que le corps n’est pas un stock.
Ni un capital biologique.
Ni un bien social.
Ni un ensemble de pièces détachées.

La mort n’est pas un acte administratif.
Elle est un passage, un seuil, un mystère.

Et ce mystère mérite du respect, du temps, du silence.

Alors j’ai dit : « Pas maintenant. Je veux comprendre. Je veux sentir. Je veux être prête. »

Dans un monde qui pousse, je me tiens droite.
Dans un monde qui accélère, je ralentis.
Dans un monde qui moralise, j’écoute ma conscience.
Dans un monde qui simplifie, je choisis la complexité.

Je n’ai rien refusé.
J’ai protégé mon espace intérieur.
Et cet espace est sacré.

Un jour, peut‑être, je ferai un choix différent.
Ou peut‑être pas.

Mais ce jour‑là, ce sera mon choix.
Et c’est cela, la vraie liberté.


© Céleste R. — CC BY-NC-ND

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