IEF

Choisir sa stratégie IEF : trois voies pour rester souverain

Depuis 2022, la France a déplacé l’IEF du champ des libertés vers celui des exceptions. L’IEF devient un révélateur.
Un test de résistance.
Une ligne de fracture entre ce que l’État exige et ce que les parents considèrent comme juste.

La réforme a resserré l’espace.
Elle a transformé une liberté en dérogation, une dérogation en soupçon.
Depuis, chaque famille se tient devant un carrefour à trois branches :
obéir, désobéir, ou partir.

Ce carrefour s’est récemment incarné dans un échange public.


Un avocat, une association, et deux registres de légitimité

Un avocat a pris la parole pour rappeler ce que le droit positif fait peser sur les familles qui ne demandent même pas l’autorisation d’IEF.
Pour lui, instruire sans démarche préalable, c’est faire sécession.
C’est quitter le contrat social plus que méconnaître l’obligation d’instruction.
C’est s’exposer à la correctionnelle, au casier, à la fermeture de certaines voies professionnelles.

Sa publication est accessible ici :
Publication de l’avocat

Face à lui, une association a répondu en assumant une autre tradition :
celle de la désobéissance civile.
Non pas le “far west”, mais une désobéissance publique, non violente, assumée, lorsque la loi porte atteinte à une liberté fondamentale.
Elle ne revendique pas un droit à ne pas être soumise à la loi, mais le droit de contester une loi jugée injuste, au nom de la liberté d’instruction et de l’intérêt des enfants.

Deux registres se font face :

  • l’avocat parle de la loi telle qu’elle est, de ses risques, de ses sanctions ;
  • l’association parle de la loi telle qu’elle devrait être, de sa légitimité, de son injustice.

Et entre ces deux lignes, il y a les familles, qui doivent choisir une trajectoire.


La voie de la légalité : tenir dans l’étau

Certains choisissent de rester dans le cadre.
Non par adhésion, mais par lucidité.

Ils déposent une demande.
Ils argumentent.
Ils contestent.
Ils épuisent les voies internes, comme le suggère l’avocat : mieux vaut être celui qui a demandé et désobéi à un refus, que celui qui n’a jamais demandé.

La légalité devient alors une stratégie de survie :
réduire les risques, éviter le correctionnel, préserver le casier, maintenir une stabilité minimale autour de l’enfant.

C’est une résistance silencieuse.
Une manière de tenir sans rompre.
Une souveraineté contenue.


La voie de la désobéissance civile : rompre pour témoigner

D’autres refusent l’étau.
Ils ne contournent pas la loi : ils la contestent.
Publiquement.
À visage découvert.

Ils rejoignent la ligne de l’association :
assumer la désobéissance comme acte politique, accepter les conséquences, non par inconscience, mais parce qu’ils jugent certains principes supérieurs à la sécurité juridique.

La désobéissance civile n’est pas confortable.
Elle expose, elle marque. Elle laisse des traces sur le casier, sur la vie professionnelle, sur la trajectoire familiale.

Mais elle ouvre une brèche.
Elle dit : la loi n’est pas toujours le juste.


La voie de l’exil éducatif : déplacer le centre de gravité

Et puis il y a ceux qui choisissent une troisième voie.
La plus radicale. La plus silencieuse.
La plus lourde.

Ils quittent la France.

Non par fuite.
Par cohérence.

Ils refusent de se battre dans un cadre qu’ils jugent verrouillé.
Ils refusent de risquer le pénal.
Ils refusent de laisser l’État décider de ce que serait “le bien” de leur enfant.

Ils déplacent leur vie vers un pays où l’IEF reste une liberté pleine.
Ils reconstruisent ailleurs ce que la France ne leur permet plus de vivre ici.

C’est un choix de souveraineté absolue.
Un arrachement.
Un recommencement.


Trois voies, trois formes de courage.

Il n’y a pas de solution neutre.
Il n’y a que des trajectoires assumées.

  • La légalité protège, mais elle enferme.
  • La désobéissance libère, mais elle expose.
  • L’exil ouvre, mais il déracine.

L’avocat rappelle le prix de la désobéissance dans le cadre actuel.
L’association rappelle le prix de l’obéissance à une loi jugée injuste.
Les familles, elles, paient en temps réel le prix de chaque choix.

Chaque voie demande une forme de courage.
Chaque voie engage un rapport différent à l’État, à la liberté, à l’enfant.

Ce n’est pas un choix technique.
C’est un choix de monde.


Ce que je retiens de tout ceci.

Je ne tranche pas pour les autres. J’observe.

Je vois un pays où une liberté éducative s’est rétrécie jusqu’à devenir un champ de bataille.
Je vois des familles qui naviguent entre prudence, rupture et départ.
Je vois une souveraineté parentale qui cherche un espace où respirer.

Entre la loi telle qu’elle est, la loi telle qu’elle devrait être, et l’ailleurs où elle existe déjà,
l’IEF révèle ce que signifie encore, aujourd’hui,
être responsable d’un enfant dans un État qui se méfie de la liberté.


Nota bene

Je suppose que la modification du formulaire MDPH aura aussi des conséquences sur la liberté éducative des parents.
Comme expliqué dans cet article, MDPH : un formulaire qui efface la parole des parents

le nouveau formulaire réduit les espaces d’expression libre et transforme le récit parental en données standardisées.
Moins les parents peuvent décrire la réalité vécue, plus l’institution impose sa propre interprétation des besoins de l’enfant.
Cela renforce mécaniquement les orientations scolaires par défaut, au détriment des alternatives éducatives, dont l’IEF médicale.
En limitant la parole parentale, on limite aussi leur capacité à défendre un choix éducatif adapté.

Céleste R.

A lire aussi

Les fuites hors du réel