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Choose France ou l’art discret de renoncer à soi-même

Le glissement silencieux

Dans l’histoire récente de la France, plane un silence qui est un glissement.
Ce n’est pas une rupture franche, mais une translation lente, presque feutrée, où un pays construit sur la souveraineté,
la planification et la maîtrise de ses outils a cessé d’être ce qu’il croyait être.

Rien n’a été annoncé.
Rien n’a été débattu.
Le changement s’est imposé comme une évidence, comme si la France avait été invitée à se défaire d’elle-même sans qu’on lui dise pourquoi.

Pendant plus de trente ans, les gouvernants ont modifié le cadre sans modifier le discours.
Le peuple pensait encore vivre dans un pays où l’État protège, organise, construit, garantit l’indépendance.
Il croyait que les élites défendaient toujours les filières stratégiques, l’autonomie énergétique, la souveraineté économique.

Il ne voyait pas que, dans les couloirs feutrés des institutions, un autre modèle s’installait : un modèle où les décisions se prenaient ailleurs, dans des structures supranationales, dans des règles budgétaires importées, dans une logique de marché qui dissolvait peu à peu l’idée même d’un État stratège.

La rupture de mandat

Ce qui s’est joué n’est pas une simple évolution administrative.
C’est un changement de loyauté.
Une modification unilatérale du contrat souverain.
Une rupture de mandat opérée sans explication, sans transparence, sans consentement.

Le pays avançait, mais ce n’était plus lui qui décidait de la direction.

Les grandes décisions comme la monnaie, le commerce, l’énergie, l’industrie, ont été prises hors du regard populaire.
On parlait de modernisation, d’attractivité, de réformes nécessaires.
On ne disait jamais que la France renonçait à une part de sa maîtrise, qu’elle acceptait de dépendre d’autres centres de décision, qu’elle abandonnait des pans entiers de son autonomie productive.

Le mot “renoncement” n’apparaissait jamais.
Il aurait trop éclairé ce qui se jouait.

Choose France : le miroir inversé

C’est dans ce contexte que Choose France surgit, comme un symbole, comme le miroir inversé du modèle français.

Un slogan qui prétend inviter le monde à “choisir la France”, alors qu’il organise en réalité la substitution de la puissance nationale par des acteurs extérieurs.

Le pays, qui autrefois bâtissait ses propres filières, déroule désormais le tapis rouge pour des multinationales auxquelles il offre subventions, avantages fiscaux, infrastructures, main-d’œuvre formée à grands frais.

On ne reconstruit plus la France : on accepte que d’autres la reconstruisent à sa place, et qu’ils repartent ensuite avec les bénéfices.

Produire ici, décider ailleurs

La logique est simple : produire ici, décider ailleurs.

Les profits remontent vers des sièges lointains.
Les choix stratégiques se prennent hors du territoire.
Les brevets demeurent propriété d’entreprises étrangères.
Les chaînes de valeur échappent à la nation.

La France devient un lieu d’accueil, un espace disponible, un territoire offert.
Elle n’est plus l’auteur de son destin industriel, seulement l’hôte d’intérêts qui la traversent.

Le renversement du rôle de l’État

Ce renversement s’accompagne d’un changement de mandat.

L’État, autrefois chargé de protéger, planifier, décider, garantir, s’est vu assigner d’autres verbes : attirer, déréguler, subventionner, dépendre.

Il ne construit plus des capacités nationales ; il organise leur délégation.
Il ne cherche plus la souveraineté ; il en calcule le coût.
Il ne se pense plus comme puissance, mais comme plateforme.

Et pourtant, jamais ce basculement n’a été présenté comme tel.
Jamais il n’a été assumé.
Il s’est imposé dans le silence, comme si la France devait s’habituer à devenir autre chose sans qu’on lui demande son avis.

Conclusion : un pays qui se laisse choisir

La France n’est plus un sujet, mais un terrain.
Un espace où d’autres viennent produire ce qu’elle ne produit plus.
Un pays qui ne choisit plus, mais qui se laisse choisir.

Et le fait que ce projet soit porté par Macron éclaire la cohérence de sa vision :
une France ouverte, attractive, mais moins attachée à la maîtrise de ses propres leviers.
Dans cette lecture, Choose France devient un révélateur, non seulement d’une politique,
mais d’un rapport au rôle de la nation dans un monde où l’on préfère parfois être choisi plutôt que choisir.
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Céleste R.

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